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Sergio Morisoli : « Le fédéralisme suisse : cette inconnue »

by Clara Alonso

par Sergio Morisoli *

Presque chaque année, en vacances à la montagne ou à la mer, je rencontre des amis ou des citoyens italiens et je parle politique avec eux : nous et vous ou vous et nous. Nous allons régulièrement au sujet du fédéralisme, plus souvent à la Suisse. Toujours, mais toujours, quand je commence à le décrire grossièrement, ils s’arrêtent bouche bée. Moi aussi, je suis toujours étonné de voir à quel point nos voisins connaissent peu quelque chose qui fonctionne ; et ça marche bien depuis longtemps.

Le fédéralisme suisse est complexe et est en chantier depuis environ sept siècles (il ne s’appelait pas ainsi à l’origine, bien sûr) ; Ne cessez jamais de toujours chercher l’amélioration. Rien n’était toujours imposé, prévu, décidé d’en haut. Au contraire, c’est la réalité, l’expérience, la pratique qui les façonne et les adapte de siècle en siècle et de décennie en décennie. Ce qui est bien, c’est que chacun des 26 cantons actuels a sa propre forme et son propre contenu, mais au final la racine et les branches sont issues d’un même tronc fédéraliste : on pourrait dire une sorte d’union dans la diversité.

La Confédération a un rôle subsidiaire, collectant et déboursant seulement environ 30% des fonds, tandis que 70% restent aux cantons et aux communes. Qu’il suffise de dire que les 26 cantons ne sont pas des « régions administratives » mais plutôt des républiques indépendantes dotées de leur propre constitution. Qu’il suffise de dire que les étrangers obtiennent la citoyenneté par les communes ou que chaque canton administre et exerce la justice avec son propre pouvoir judiciaire, son parquet et ses tribunaux, le Tribunal fédéral n’étant que l’instance suprême. Le dernier chantier de modernisation du fédéralisme, sur lequel j’ai été obligé de travailler directement au sein de l’administration, s’est achevé en 2005 après dix ans de travail sur deux trajectoires : redistribution des tâches publiques entre la Confédération et les cantons (minimisation du centralisme et promotion de la décentralisation) et la péréquation financière couvrant les coûts (qui paie les commandes et qui paie les commandes). Le Peuple en 2006, la dernière fois qu’il l’a fait quelque quarante ans plus tôt, a confirmé le travail accompli en votant plusieurs nouveaux articles constitutionnels qui permettent encore cette modernisation (jamais achevée). Ce processus apparemment lent et délibéré de réforme évolutive Le fédéralisme a aussi toujours apparu au niveau cantonal. Le fédéralisme n’est pas un concept singulier et abstrait, mais est interprété différemment au sein des cantons. En fait, ils ont tous des origines, des histoires, des sensibilités et des cultures différentes. Dans de nombreux cantons, le fédéralisme est très poussé, dans d’autres il continue d’être optimisé. Le Tessin ne fait pas exception et, en 1997, le peuple a approuvé la révision totale de notre constitution cantonale.

L’ordre de base de notre canton à cette époque contenait encore de nombreuses caractéristiques façonnées par l’histoire. Jusqu’en 1803, c’était une sorte de bailliage des cantons d’origine d’Uri, de Schwyz et d’Uterwald (nous dirions une colonie) qui se disputaient le territoire avec les Milanais pendant les 5 ou 6 siècles précédents. Puis vint Napoléon, qui libéra le Tessin avec l’acte de conciliation de 1803 et le rendit effectivement indépendant et fédéral avec les mêmes droits et obligations que les 18 autres cantons de l’époque. Le drapeau rouge et bleu du Tessin, apparemment voulu par Napoléon lui-même, sont les couleurs de Paris en signe de reconnaissance de l’autonomie obtenue (le drapeau de la capitale tessinoise Bellinzona porte encore aujourd’hui le serpent milanais à la place). De ce fait, notre constitution était peut-être la plus « française » des constitutions, d’où une tendance à accorder plus d’importance à l’Etat et à sa centralité que les autres cantons, notamment la Suisse alémanique. Cet ADN a ensuite été progressivement modifié au cours des 200 ans de vie autonome au Tessin.

La culture et la mentalité de la politique locale sont encore en partie façonnées par ces premières orientations et c’est pour cette raison que ce n’est que depuis 4 ou 5 ans que notre constitution a enfin pu être complétée par des principes très fédéralistes. Personnellement, après une décennie de lutte politique, j’ai pu promouvoir et introduire trois amendements majeurs à la Constitution, approuvés d’abord par le Parlement puis par le peuple en 2019, 2020 et 2021. La première. Le renforcement des droits du peuple, c’est-à-dire la facilitation du recours à la démocratie directe en limitant la collecte à 7 000 signatures requises pour les initiatives législatives et les référendums et 10 000 signatures pour les amendements constitutionnels ; Surtout, le temps disponible pour la collecte a pratiquement triplé. Donc peu de signatures et des délais de collecte plus longs malgré la croissance démographique. La deuxième. L’introduction du principe de subsidiarité dans la Constitution. Une lutte de près de 12 ans pour consacrer ce principe fondamental de liberté et renforcer la société civile avec un ajustement cohérent de toutes les lois à cet article constitutionnel. Le troisième dans l’ordre chronologique. L’inclusion dans la constitution de l’article qui prescrit le référendum financier obligatoire pour les décisions gouvernementales et parlementaires qui dépassent un certain seuil de dépenses. Là aussi, l’objectif est de donner aux citoyens le dernier mot dans l’émission des décisions politiques qu’eux, en tant que contribuables, réclameraient dans les caisses.

Ce sont là trois exemples de la modification de notre charte fondamentale et du fait que le fédéralisme n’est jamais définitif et a besoin d’un processus continu d’amélioration pour ne pas dégénérer. Je pense que notre expérience pourrait être très utile pour ceux qui ont essayé depuis longtemps et avec de nombreuses tentatives non pas de trouver de nouvelles formules pour gagner les élections, mais pour ceux qui se soucient de nouvelles formules de réforme institutionnelle de la société civile ; c’est-à-dire améliorer la représentativité et la légitimité des démocraties un peu troublées.

* société mère UDC

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