«La pression est telle qu’une révolution semble inévitable.» Ainsi s’exprime Anne-Geneviève Bütikofer, directrice de H+, l’organisation faîtière des hôpitaux suisses, qui, dans une récente interview au Sonntagsblick, relance un débat que la politique suisse a occupé depuis au moins 2003 : la caisse d’assurance maladie en uniforme.
Primes proportionnelles aux revenus
L’idée d’un système d’assurance maladie unifié est née des restes d’un principe rejeté à deux reprises par les électeurs : fixer le niveau des primes d’assurance maladie en fonction des revenus. L’initiative « Pour une assurance santé en santé » a débuté en 1994. Promu par la gauche, il a été rejeté par 76,6 % des électeurs éligibles.
En 2003, ce problème a été de nouveau abordé avec l’initiative populaire « La santé à des prix abordables », qui a été à nouveau soutenue par la région progressiste. Dans ce cas, le modèle développé par les partisans prévoyait que les primes seraient financées à 60 % par les revenus, à 15 % par le patrimoine et les 25 % restants par la TVA. L’initiative aurait également dû permettre d’augmenter le taux de TVA jusqu’à 50 % si nécessaire. Selon ses partisans, cette option aurait permis de maintenir la hausse de la TVA dans des limites tolérables.
Les opposants qui se sont réunis au sein d’un comité multipartite de parlementaires bourgeois et ont exigé « non aux nouvelles taxes sur la santé » ont une opinion complètement différente. Pour eux, il s’agit d’une initiative « injuste, inutile et dangereuse ». Le peuple les a suivis et a rejeté la proposition aux urnes du 18 mai 2003 : près des trois quarts du corps électoral et tous les cantons étaient contre.
«Pour une assurance unique et sociale»
Pour les perdants, la raison du « non » clair était la proposition d’augmenter la TVA. Quelques jours plus tard, le Mouvement Famille Populaire, proche des milieux de gauche, lance une nouvelle initiative populaire. Sous le titre «Pour une assurance maladie uniforme et sociale», il a appelé à l’introduction d’une assurance maladie uniforme et obligatoire pour tous. L’initiative souhaitait également que les primes soient fixées en fonction de la performance économique des assurés. Seul le principe général était exposé dans le texte, la détermination du système de financement étant laissée au législateur.
Pour les porteurs de projets, ce fonds unique aurait permis de réduire les coûts administratifs et d’assurer une plus grande transparence et un contrôle plus efficace des prestataires de services. Selon eux, la concurrence entre les fonds n’aurait pas fonctionné, car les assureurs se seraient davantage affrontés pour attirer des clients présentant un faible profil de risque que pour réellement réduire les coûts.
Les opposants ont un avis complètement différent, affirmant que l’élimination de la concurrence entre les différents assureurs aurait réduit l’efficacité et la transparence du système. La réforme aurait également rendu plus difficile la proposition de formes d’assurance comportant des incitations à la réduction des coûts.
Santésuisse, l’organisation des assureurs, a donc expliqué que le système de financement par primes proportionnelles pèserait à terme sur les familles aux revenus moyens.
Le vote a eu lieu le 11 mars 2007 après une campagne électorale houleuse. Les gros titres des journaux de l’époque en témoignent : certains parlaient d’une « illusion dangereuse », d’autres la qualifiaient de « réforme sensée ». Mais lors des élections, ce fut un choc : 71,2% étaient contre. Parmi les cantons, seuls Neuchâtel et Jura ont dit «oui». Et seulement 45,7 % des personnes ayant le droit de vote ont voté.
«Pour l’assurance maladie légale»
En 2014, cette question a été à nouveau abordée avec l’initiative populaire «Pour une assurance maladie légale», qui a été à nouveau portée par le camp rouge-vert avec le soutien des organisations de protection des patients et des consommateurs. L’objectif est toujours le même : stopper la hausse incessante des primes. Par rapport à 2007, les partisans du fonds unique ont finalement dit adieu au principe des primes dépendantes des revenus, déjà rejeté à deux reprises par le peuple.
Pour les promoteurs, l’initiative leur aurait quand même permis de réduire considérablement les frais administratifs et d’éliminer complètement les frais de marketing et de publicité, ainsi que ceux associés à l’évolution de la trésorerie des assurés.
La réponse de la droite et du centre a été qu’un fonds monopolistique n’était pas motivé à chercher des solutions pour contenir les coûts et donc les primes. Selon eux, cela n’est possible qu’avec un régime de concurrence entre les différents fonds. « Sans cette concurrence, les primes augmenteraient encore plus qu’avant », disait-on à l’époque.
Mais une fois de plus, les opposants au changement ont pris le dessus, après un débat marqué par des termes tels que « tromperie » et « révolution » de part et d’autre. Lors des élections du 28 septembre, 62 % des électeurs ont répondu « non ». Au niveau cantonal, Genève, Vaud, Neuchâtel et Jura ont salué l’initiative. Au niveau national, le taux de participation électorale a été de 47,16 %.
Le reste est une histoire récente : l’explosion des coûts dans le système de santé se poursuit et la « pression », pour reprendre les mots du directeur de H+ Bütikofer, est devenue vraiment forte. Est-il temps de changer ? Selon une enquête réalisée par le portail en ligne Watson entre le 29 août et le 1er septembre de cette année, peut-être oui. En effet, 79% des personnes interrogées (9’200 personnes en Suisse alémanique et romande) soutiennent cette hypothèse, et il y a aussi des partisans du centre-droit. Un chiffre qui contredit les résultats d’enquêtes précédentes sur le sujet.

« Jugador. Introvertido. Solucionador de problemas. Creador. Pensador. Evangelista de la comida de toda la vida. Defensor del alcohol ».
