Comment combiner numérisation et politique étrangère ? Quel rôle la Genève internationale doit-elle jouer dans ce domaine ? Nicolas Zahn et Kevin Kohler du Think Tank Foraus nous parlent des défis auxquels la Suisse est confrontée.
Ce contenu a été publié le 21 octobre 2022 – 16:00
Au cours des cinq dernières années, plusieurs stratégies suisses ont abordé les questions de gouvernance numérique avec une composante de politique étrangère. La plus grande ambition de la Suisse est de faire de Genève le « capitale internationale de la gouvernance numériquelien externe« .
Nous avons tout vérifié Documents numériques de politique étrangère de la Suisselien externe pour le think tank Foraus et saluer les intentions suisses. Mais nous avons aussi identifié un décalage entre les ambitions d’une « Genève numérique » et le soutien politique qu’elle requiert.
Dans quelle phase se trouve la Genève numérique ?
Les organisations internationales basées à Genève sont déjà d’une grande importance pour la gouvernance numérique, indépendamment d’une stratégie suisse. Parmi les plus importants figurent l’Union internationale des télécommunications (UIT), l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Centre international d’information des Nations Unies (UNICC), l’Organisation internationale de normalisation (ISO), l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) et l’Organisation mondiale Organisation de la Santé (OMS) .
Ces dernières années, la Suisse a soutenu des initiatives ciblées pour renforcer la Genève numérique. Il convient de mentionner la Swiss Digital Initiative, qui a introduit le Digital Trust Label [marchio che certifica che una determinata applicazione digitale soddisfa i criteri obbligatori e raggiunge quindi un certo standard, ndt], et GESDA (Geneva Science and Diplomacy Anticipator), qui anticipe les futurs défis de gouvernance. Depuis quelque temps, il existe également la DiploFoundation qui, par exemple, Plateforme internet genevoiselien externe. Cependant, il ne faut pas s’en contenter, et deux cas particuliers le prouvent :
1 : Le cofinancement de l’infrastructure numérique : L’UNICC est le principal fournisseur de solutions de conseil informatique, de logiciels, de cloud et de cybersécurité pour les organisations des Nations Unies. L’UNICC a été fondée à Genève en 1971, où elle a toujours son siège aujourd’hui. En 2012, un nouveau bureau a été ouvert à Valence, actuellement le plus grand bureau de l’UNICC. L’Espagne ne dispose pas d’un écosystème onusien complet et, contrairement à la Suisse, n’a pas de stratégie explicite pour renforcer la composante numérique de cet écosystème. Néanmoins, l’Espagne a montré sa volonté de cofinancer le centre pour l’ONU.
2 : Le contexte légal : Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), basé à Genève, est de loin le plus grand bénéficiaire de l’aide financière du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Cependant, lorsque le CICR a décidé d’installer sa «délégation cyberespace», il l’a fait à Luxembourg. La principale raison semble être la volonté luxembourgeoise d’expérimenter messages électroniqueslien externe (« Messages électroniques », également appelés « Messages de données »), qui font partie d’un centre de données qui est exempté de la juridiction locale [e in cui un altro Paese può conservare dei dati sensibili, ndt]. Le Conseil fédéral a également promu l’idée d’une « Suisse refuge pour les données » auprès des organisations internationales. En 2020, l’un des auteurs a contacté le DFAE de manière informelle pour demander si cela signifiait que la Suisse travaillait sur des messages de données comme le Luxembourg. La réponse était que c’était intéressant et techniquement faisable, mais qu’il fallait une « volonté politique ». Avec les discussions animées autour d’un « Swiss Cloud », plusieurs départements repensent l’idée de fournir un espace numérique sécurisé.
Nous sommes conscients que la Suisse ne peut pas offrir un soutien financier illimité, un cadre juridique complet ou une participation à toutes les initiatives de gouvernance mondiale. Cependant, ces exemples montrent que d’autres États veulent également jouer un rôle dans la gouvernance numérique mondiale et suivent leurs paroles par des actions concrètes. Ils sont donc un avertissement qu’un rôle central pour Genève dans la gouvernance numérique ne va pas de soi.
Nouveaux défis
Que peut faire la Suisse pour combler l’écart? Nous pensons que dans le domaine des technologies numériques émergentes, il est particulièrement intéressant d’agir pour réguler l’intelligence artificielle et l’informatique quantique. La Suisse a montré – par exemple avec le document de Montreux sur les sociétés militaires privées et les sociétés de sécurité privées – qu’elle est capable de mener des processus de planification multi-acteurs dans un secteur émergent pour accélérer la mise en place d’un cadre réglementaire.
Avec GESDA, le gouvernement fédéral dispose d’un excellent outil d’anticipation, mais on ne sait pas dans quelle mesure ses résultats sont intégrés dans les processus de gouvernance. Il y a bonne raison de croirelien externe que la demande de gouvernance mondiale pour les nouvelles technologies augmentera considérablement au cours des prochaines décennies.
Une idée spécifique pour la gouvernance des technologies numériques émergentes que nous avons mise en avant en 2019 est un « GIEC pour l’IAlien externeCe modèle permettrait de relever les principaux défis en recueillant les données pertinentes. Il existe aujourd’hui de nombreuses autres organisations traitant des questions liées à l’IA, telles que l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les meilleures études sur les aspects fondamentaux de la circonférence de la planète – comme la puissance de calcul mondialelien externePrédire les frontières de l’IA et les hypothèses sur l’avenir de l’informatique et ses implications – continuent d’être développées par des chercheurs indépendants avec des ressources minimales.
Plus généralement, nous voulons encourager une approche plus active pour assumer un rôle de leadership dans la gouvernance des technologies émergentes où l’agilité et la capacité d’apprentissage sont particulièrement importantes. Pour reprendre les mots du ministre des Affaires étrangères et président fédéral Ignazio Cassis : « Osez innover, osez anticiper ! ».
Traduction : Zénon Zoccatelli
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